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dimanche 12 avril 2020

Homélie de Pâques - Messe du dimanche soir : L'histoire d'une décéption

Au fond, l’évangile de ce soir, c’est l’histoire d’une déception.

La déception de ces hommes, qui connaisse un peu Jésus, comme on peut connaitre Jésus quand on a fait du caté

On sait qu’il a fait des miracles, il a marché sur l’eau, on connait l’histoire de Zachée perché sur son arbre… ils ont entendu que Dieu était bon, Jésus aussi.

Mais il ont été déçus… En fait, Jésus n’a pas vraiment répondu à leur attente.

Eux, leur attente, c’était que Jésus les délivre de l’invasion des romains… Mais Jésus n’a pas fait ça…Il est mort… condamné à mort par un responsable des romains.

Et on peut comprendre leur déception. Nous aussi, on nous dit que Dieu est bon, qu’il nous aime etc.

Mais s’il est bon, pourquoi ne m’a-t-il pas exaucé quand j’ai prié pendant des mois pour la guérison d’un proche ?
Pourquoi ne m’a-t-il pas exaucé quand j’ai prié pour que la violence s’arrête dans ma famille, à mon travail…Nous avons tous fait cette expérience.


Et si Jésus est vraiment ce qu’il prétend être pourquoi laisse-t-il faire cette souffrance dans le monde ? Pourquoi laisse-t-il autant de gens mourir à cause de cette épidémie ?

Nous aussi, on a pu être déçu de Jésus, parce qu’il n’a pas répondu à notre attente, à ce qu’on espérait de lui, alors on marche comme ces deux disciples, avec notre déception, et notre attestation en poche.

Et justement ces disciples ont une image de Dieu qui ne correspond pas encore à ce qu’il est vraiment, Jésus va continuer à rejoindre ces disciples, pour leur montrer qui il est.

Il les rejoint sur le chemin, vivant, au soir de Pâques.

Mais il n’essaye pas de rattraper les espoirs déçus, en arrivant de manière flagrante : c’est moi, c’est pas fini, même jouer joue encore, vous allez voir les gars, vous aviez raison de ne pas vouloir que je meurs !

Non, au contraire, Jésus arrive méconnaissable, incognito et à l’improviste pour les rejoindre au cœur de leur déception.

Et en ouvrant les écritures, ils découvrent alors que si la mort de Jésus les a déçu, ce n’est pas parce que Jésus a échoué dans sa mission, ni menti à ses promesses.

Si ces hommes ont été déçus, c’est qu’ils n’avaient pas encore compris que Jésus n’était pas un Dieu à leur manière… mais qu’il a choisi le chemin des petits, le chemin qui mène jusque dans nos déceptions et nos souffrances, jusque dans nos morts même, pour les illuminer de sa lumière.
Car le Dieu de la Bible, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, a choisi de renoncer à la toute-puissance pour nous rejoindre.

Et d’un côté c’est décevant. C’est décevant parce que cela veut dire que Dieu ne veut pas nous sauver sans nous, il ne veut pas nous aimer sans notre consentement et notre part dans cette amitié !

Jésus, cet inconnu sur la route, fais découvrir son visage dans le corps des Ecritures, c’est la première partie du voyage intérieur.

La seconde partie de ce voyage s’accomplit à table, lorsqu’il rompt le pain comme il l’avait fait au soir du jeudi saint en signe de son corps librement donné et brisé pour le salut du monde.

Ce pain rompu, c’est le pain de son corps qui est mort sur la croix,
c’est le pain de l’eucharistie offert chaque jour,
et c’est le pain de l’Eglise, chacun de nous les croyants, dont la vocation est aussi de s’offrir, de se donner, pour la vie du monde.

Ce pain rompu, c’est le signe de l’amour qui se poursuit et se transmet de la croix et l’autel jusque dans le monde à travers chacune de nos vies données, car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Et c’est dans cette fraction là, dans cet amour-là, que les disciples reconnaissent Jésus vivant, alors qu’il disparait à leurs yeux.

Ils étaient déçus… mais ce soir ils ont compris que la mort de Jésus n’est pas un échec, mais le signe de la délicatesse de Dieu qui respecte notre liberté jusque-là.

Ils étaient déçus… mais ce soir ils ont compris qu’ils sont les bénéficiaires de la mort de Jésus, comme on reçoit une nourriture qui nous fait revivre.

L’évangile de ce soir, c’est l’histoire d’une déception.

Une déception que Jésus vient rejoindre, comme si de rien n’était, sans dire même que c’est lui, avec délicatesse.

Et le signe de sa présence, cette trace qui nous marque comme un fer rouge, au-delà de toutes nos déceptions et nos fausses images de Dieu, c’est ce feu, qui habite en nos cœurs et qui nous atteste dans l’Esprit :

Oui, Jésus, aujourd’hui, est vivant !

Crédit photo : http://jubilatedeo.centerblog.net/3070465-Arcabas-Les-disciples-d-Emmaus

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